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  Eija-Liisa Ahtila : une rétrospective
   
  Jeu de Paume - site Concorde
jusqu'au 30 mars 2008
   
 

Eija-Liisa Ahtila est devenue, dès ses débuts dans les années 1990, l 'une des figures majeures de "l'art vidéo". Elle réalise des films qu'elle qualifie elle-même de "drames humains", dans lesquels elle met en scène des personnages aux prises avec leurs émotions, avec leur entourage et un environnement instable.

Ahtila travaille à rapprocher la vidéo du cinéma, auquel elle emprunte vocabulaire et techniques de tournage ; elle explore ainsi les différents registres disponibles (le film de fiction, de publicité, le documentaire...), joue avec les phénomènes perceptifs et interroge la capacité du récit à reproduire la réalité.

Le Jeu de Paume consacre à cette artiste finlandaise sa première rétrospective en France depuis le début des années 1990 jusqu'à aujourd'hui. On y découvre la plupart de ses films, mais également des séries de photographies, ainsi qu'un film inédit, Where is Where, par Crystal Eye - Kristallisilmä Oy avec la collaboration du Jeu de Paume. Pour l'occasion, Ahtila investit l'ensemble des espaces Concorde.

Where is Where? - 2008
Eija-Liisa Ahtila
Installation sonore de 6 projections DVD
Photographie de Marja-Leena Hukkanen
Courtesy Marian Goodman Gallery, New York et Paris
© 2008 Crystal Eye - Kristallisilmä Oy, Helsinki

   
 

Les œuvres de Eija-Liisa Ahtila, pour la plupart des installations vidéo, déroulent des récits intimement liés à la psychologie des êtres humains. Elles mettent en scène des thèmes comme l'amour, la jalousie, la colère, la maladie psychiatrique, la filiation, la sexualité, le deuil et la mort, un sujet omniprésent dans l'œuvre d'Ahtila… L'artiste écrit et réalise, à la manière d'un cinéaste, des fictions dont les protagonistes vivent des émotions extrêmes, expriment leurs craintes et leurs désirs, traversent des crises, subissent des événements inattendus qui perturbent leur vision du monde. Au travers de ces mises en scène, Ahtila questionne le statut de l'individu par rapport à son entourage (cercle familial, cercle d'amis…), la notion du Moi et de l'Autre, de l'intime et de la perte d'individualité.

D'un point de vue formel, Ahtila exploite toutes les possibilités du langage filmique, qu'il soit emprunté au cinéma, au documentaire, à la publicité, aux bandes-annonces ou au clip musical. En s'interrogeant sur la construction du récit, elle rappelle le statut complexe des images dans notre société et leur façon d'influencer notre perception.

The House - 2002
Eija-Liisa Ahtila
Courtesy Marian Goodman Gallery, New York et Paris
© Crystal Eye - Kristallisilmä Oy, Helsinki

   
 

D'une grande qualité technique, ses films voient en effet leur aboutissement dans la mise en espace des images avec des installations "multi-écrans". Chaque projection participe d'un tout et l'œuvre est un véritable univers d'images et de sons au service de l'intensité émotionnelle du récit. Pour la rétrospective du Jeu de Paume, Eija-Liisa Ahtila crée dans les salles du Jeu de Paume des espaces propices à l'immersion dans ses œuvres, au moyen de cimaises, de parois colorées et de faux plafonds.

Eija-Liisa Ahtila montre également au Jeu de Paume sa série The House Sculptures (2004), ainsi que plusieurs séries de photographies, dont la fameuse Dog Bites (8 photos couleur — 1992-1997), dans laquelle une femme nue adopte des positions de chien, et Scenographer's Mind I to IX (18 photos en diptyques — 2002). Elle produit également une nouvelle série pour sa rétrospective.

   
 
LES FILMS DE L'EXPOSITION :

ME/WE; OKAY; GRAY
1993. 3 x 90 secondes, film 35 mm et installation DVD

Trois courts métrages entre publicité et fiction ; version originale en finnois sous-titrée en français. Me/We, Okay et Gray sont trois fictions d'une minute et 30 seconde chacune, montrées dans une installation constituée de trois moniteurs. Elles forment une œuvre qui se situe à mi-chemin entre le court métrage de fiction et la publicité : Ahtila y explore les possibilités techniques et narratives du langage publicitaire pour raconter une fiction. Chaque récit est commenté par un monologue, dans une diction proche du bulletin d'information. Dans chacun se joue le basculement de la réalité, la fluctuation de la frontière entre le Moi et l'Autre, au travers de scènes qui utilisent la distorsion entre le son et l'image pour évoquer l'effacement de l'individualité…


CONSOLATION SERVICE
1999. 2 x 23 minutes 40, film 35 mm et installation DVD

Ce court métrage, présenté à la Biennale de Venise en 1999, est dissocié en deux images projetées simultanément l'une à côté de l'autre, qui racontent la rupture d'un jeune couple. L'image de droite présente le point de vue du narrateur, tandis que l'écran de gauche évoque un contexte plus large… L'œuvre fait appel à la fois au réalisme documentaire et au cinéma fantastique ; elle présente en alternance des images racontant un quotidien banal et des séquences plus poétiques dans lesquelles se mélangent le réel et l'imaginaire…


THE HOUSE
2002. 3 x 14 minutes, installation DVD

Ce film, projeté en 2002 à la Documenta 11 de Kassel, est basé sur de véritables entretiens avec des personnes psychotiques et raconte l'histoire d'une femme dont la perception du monde bascule lorsqu'elle se met à entendre des voix. Trois projections simultanées montrent les effets de la perte de la notion du temps et de l'espace (à partir du confinement du personnage dans une pièce), évoque l'effondrement de la cohérence du monde pour cette femme, au travers d'un récit proprement incohérent mais dont le spectateur est encore capable de comprendre les événements… Les trois images sont projetées sur des cimaises colorées, dans un espace confiné par un plafond rabaissé…


THE HOUR OF PRAYER
2005. 4 x 14 minutes 12 secondes, installation DVD

Basé sur des éléments autobiographiques, ce film est une courte fable sur le thème de l'attachement et de la mort, raconté par un narrateur. Au travers de la disparition d'un chien, le récit évoque l'irruption de la mort dans une maison et la période de deuil qui s'ensuit, vécue au cours d'un voyage qui au fil des saisons emmène le spectateur de New York au Bénin. La présentation de l'œuvre sur quatre écrans questionne, là encore, notre capacité à suivre le fil de l'histoire malgré la défragmentation des images.


FISHERMEN (Études, n°1)
2007. 5 minutes 34, installation DVD

Ce film est présenté par Ahtila comme une étude, qu'elle considère comme une courte composition pour instrument solo, une forme d'exercice. Projetée sur un écran, l'œuvre montre des pêcheurs affrontant, impuissants, une mer déchaînée qui fait chavirer les bateaux qu'ils essaient de mettre à l'eau.


WHERE IS WHERE?
2008 : produite pour l'exposition au Jeu de Paume. 6 x environ 45 minutes, installation DVD

Le sujet de cette installation constituée de six projections, est tiré d'un fait historique, survenu à la fin des années 1950, pendant la guerre d'Algérie. Elle évoque l'assassinat d'un jeune garçon français par deux de ses camarades algériens, relevé par l'artiste dans les écrits d'un médecin ayant à l'époque étudié la question des troubles psychiques entraînés par la guerre coloniale. Cet épisode, emprunté à l'histoire, est cependant relaté au travers de situations actuelles et de personnages symboliques. La narration se déroule sur un mode très théâtral et l'action est située dans un décor étrange. D'un point de vue formel, l'installation constituée de six projections, fait appel à la capacité des images à créer un ensemble d'émotions qui accompagnent la narration, sans qu'elles soient pour autant illustratives du récit en train de se jouer.
   
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