Virginie Yassef, Musée Jeu de Paume Concorde

Virginie YASSEF

"La seconde est partie la première"

Le 4ème volet du programme Satellite, "Terrains de jeux", est consacré à l'artiste française Virginie Yassef.

Virginie Yassef crée des vidéos, des photographies et des sculptures qui semblent puiser leur source dans le monde de l’enfance. Sous le regard de l’artiste, les gestes du quotidien, des situations simples prennent une dimension nouvelle. Sollicitant régulièrement la participation du visiteur dans ses installations, Virgine Yassef interroge, pour son projet au Jeu de Paume, le rôle du corps dans l'espace d'exposition. Avec d'autres créateurs (artistes, compositeurs…), elle expérimente une collaboration scénographique.

Virginie Yassef (née en 1970 à Grasse) crée des vidéos, des photographies et des sculptures qui semblent puiser leur source dans le monde réel, mais sous le regard de l’artiste, gestes du quotidien ou situations simples prennent une dimension nouvelle. Sollicitant régulièrement la participation du visiteur dans ses installations, elle présente un ensemble d’œuvres mêlant réalité et science-fiction, tout en explorant les systèmes de production de l’art, du design et de l’industrie.

Dans la mezzanine, l’artiste réactive la pièce intitulée Alloy. Au sein de cette installation, une vidéo, accompagnée d’une bande-son aux accents irréels et étranges, montre un enfant manipulant des éléments aimantés et les assemblant sur un mode aléatoire, créant ainsi des édifices à l’équilibre précaire. À l’image d’un cerveau hypertrophié, l’un des éléments de cet étonnant jeu de construction fait irruption dans l’espace de l’exposition. Virginie Yassef se joue des rapports d’échelle et présente une sculpture impossible à cerner au premier coup d’œil. Rocher, météorite, vaisseau spatial? Cet objet non identifiable participe à la construction d’une narration onirique qui s’ancre dans un réel lointain. L’artiste réussit à créer avec des éléments issus de différents univers – la littérature, le cinéma, la presse quotidienne… –des situations énigmatiques et anachroniques qui nous font basculer dans le monde et les mystères de l’enfance.

Installé dans le foyer, un éléphant constitue le cœur du dispositif. Conçue spécifiquement pour l’exposition, cette œuvre explore les liens ambigus entre sculpture et architecture, entre art noble et art populaire. Cette structure, qui semble issue d’un décor de théâtre, évoque la figure emblématique du cheval de Troie. Des sons (œuvre réalisée par Giancarlo Vulcano) qui s’échappent des entrailles de l’animal suggèrent la présence d’un atelier clandestin.

Pensée à la fois comme un travail autonome et un lieu à habiter, l’œuvre est mise en scène au sein d’une installation constituée de chaises reproduisant le fauteuil à claire-voie (Crate Chair) que Gerrit Rietveld — designer, architecte et ébéniste néerlandais — réalisa en 1934. Conçu pour être livré en kit et assemblé très simplement par ceux qui s’en rendraient acquéreurs, ce modèle constitue pour Rietveld le symbole d’une production de masse ramenée à son stade artisanal. Virginie Yassef s’empare du processus en construisant ce fauteuil à l’aide des mêmes matériaux (planches de sapin et vis de laiton) et selon les indications données à l’origine. L’artiste va au-delà de la simple réappropriation en ramenant l’objet dans le champ artistique et en accentuant son statut de prototype et d’œuvre d’art. Des collaborations avec les artistes Julien Bismuth, Rita McBride et Camila Oliveira Fairclough viennent enrichir ce dispositif reposant sur le dialogue.