La Criée Rennes

Biennale : VALEURS CROISEES

Le 16 mai 2008, la vie culturelle rennaise s’enrichit d’un important rendez-vous avec la création artistique : une biennale d’art contemporain placée sous le signe de la relation entre l’art et l’entreprise voit le jour. La 1ère édition, intitulée «Valeurs croisées», conçue et réalisée par l’association Art to be, s’intéresse à la création de valeur : problématique commune à l’activité de production de l’artiste et à l’activité de production au sein de l’entreprise.

L’exposition «Valeurs croisées», présentée et dans la plupart des structures culturelles de la ville dont le centre d’art contemporain La Criée, rassemble les oeuvres de plus de 60 artistes français et étrangers qui traitent de la position du sujet face au travail compris comme processus de création de valeur.

L’angle adopté est celui d’un regard croisé entre, d’une part, le sujet artiste participant à l’économie réelle et symbolique de l’art, et d’autre part, le sujet travaillant au sein d’une organisation inscrite dans le système économique général (salarié d’entreprise, entrepreneur). «Valeurs croisées» interroge les paramètres de la création de valeur, tant économique que sociale ou symbolique, mis en jeu dans l’acte de production.

Parmi les artistes retenus, certains s’intéressent aux fondamentaux du travail ou du non-travail. Jean-Luc Vilmouth interroge l’essence même de la technique en dérobant l’outil initial de l’homme, le marteau, à sa propre utilité. Claude Closky mène l’impossible tentative d’épuisement des probabilités du loto, et souligne l’absurdité de l’effort pour gagner le droit de ne plus travailler. D’autres prennent position par rapport à un ordre donné, qui serait la subordination à un impératif de labeur. Adel Abdessemed pose sa démission, impossible en tant qu’artiste, cet acte même faisant oeuvre et Julien Prévieux motive son refus de rentrer dans les nomenclatures de l’emploi. Jean-Luc Moulène, Charles Mazé ou encore Simon Starling réinterprètent les processus et les résultats de la production industrielle. Qu’il s’agisse pour le 1er, de la modification d’un process de fabrication pour laisser naître un objet devenu oeuvre, se distinguant des produits destinés à la consommation; que ce soit pour le second par la relecture systématique, à l’aide d’un robot erratique, des données de vie d’une entreprise, ou pour le dernier, de la reproduction de deux objets industriels différents, résultant chacun du recyclage des matériaux de l’autre.

Jean-Marc Chapoulie, le collectif Au travail/At work ou Ludovic Burel & Noëlle Pujol explorent des formes de production de soi au travail, soit par la mise en scène de ses propres gestes, soit par la pratique de la « perruque », c’est-à-dire le détournement des moyens de production de l’entreprise à des fins artistiques ou subversives. Une refonte de l’économie de l’acte de création, artistique ou non, préside à l’oeuvre de Robert Filliou, qui prône une économie poétique où l’homme entretiendrait un rapport ludique avec ses productions. Et la proposition de Mud office d’un bureau comme «organisation organique» pour le travail et le loisir, ouvre la possibilité d’une transformation responsable à travers l’art.

Enfin, un regard est porté sur le monde de l’entreprise, ses acteurs, ses logiques, ses excès et ses dynamiques créatrices, par des artistes aussi divers que Jean-Charles Massera, Alain Bernardini, Delphine Doukhan, Harun Farocki, Raphaël Grisey ou encore Carey Young.