Magasin Grenoble Art Orienté Objet

MAGASIN, Grenoble

Marion Laval-Jeantet et Benoît Mangin forment le groupe «Art Orienté Objet» depuis une quinzaine d'années. Ils conçoivent pour le MAGASIN une exposition titrée L'alalie, terme qui décrit un moment d'aphasie, où l’on ne parvient plus à parler. Artistes et militants de la cause environnementale, ils regroupent un ensemble de pièces, nouvelles pour la plupart, qui décrivent ce moment précis d'arrêt, de perte de la parole. Cet instant dominé par l'impression que nous ne sommes plus qu’en présence d'oxymores et de contradictions perpétuelles.

Parmi les pièces intéressantes exposées: un ours éclairé abondamment et ainsi placé dans l'incapacité de survivre, une carte de la survivance des langues qui s'effacent dans le même temps qu'elles sont montrées. De nombreuses pièces sont ainsi soumises à un protocole qui fera évoluer leur forme pendant la durée de l'exposition.

«Dans le monde du Vivant où l’homme fait figure de prédateur terminal, nous voudrions proposer un scénario d’anticipation où l’artiste laisse la parole en suspens pour n’offrir que des œuvres ayant trait au vertige existentiel de la disparition et de la mutation. Le terme le plus juste pour définir cet état serait pour nous «l’alalie», du nom d’une des pièces proposées. L’alalie, un mutisme soudain où l’esprit se trouve plongé de trop d’évidence.

A l’image de l’œuvre éponyme, où les langues rares disparaissent avec les langues communes, l’homme avec les animaux, nous arrivons à un moment où l’expérimentation nous a conduits au silence verbal, nous ne pouvons que laisser les œuvres parler d’elles-mêmes, «réciter» un monde où l’homme se doit d’abord d’observer. Ces œuvres, loin d’être des hypothèses purement scientifiques ou anthropologiques, sont avant tout des objets actifs, des efficaces, qui offrent l’hypothèse que l’art est un des rares vecteurs de l’anticipation. Mais aussi qu’il peut produire des projections à même de «guérir» un état où le monde ne peut plus être appréhendé, tant sa complexité est grande. Ainsi, toutes ces œuvres mettent en jeu la confrontation d’éléments perceptibles antinomiques, révélatrice de processus invisibles. Chacune de ces pièces est tirée d’une expérience vécue.»