Magasin CNAC Grenoble

MAGASIN, Grenoble

Au sortir des années 70, la scène artistique est, comme l’ensemble du monde intellectuel et critique, occupée à penser la post-modernité, la «fin des grands récits» que Lyotard analyse en 1979 dans son essai «La Condition postmoderne: rapport sur le savoir».

Décennie du retour à l’éthique et à l’esthétisation des cultures communautaires, voire tribales, les années 80 sont les années du libéralisme triomphant et de l’économie gestionnaire dans une recherche individuelle égotique du bien-être, ce que des penseurs comme Habermas ou Sloterdijk dénoncent. Ce contexte philosophique et intellectuel est déterminant pour la sphère artistique, notamment en raison de l’influence majeure de la «French theory» sur l’école nord-américaine.

Les artistes vont en effet se déterminer par rapport à ces débats, et l’exposition tente l’arrangement d’oeuvres dans l’espace pour en rendre compte sans en être l’illustration. Elle est organisée sur un parcours qui permet de découvrir des ensembles thématiques qu’inaugure l’espace central du bâtiment, la Rue, avec le wall painting de Günther Förg. Sa pièce est conçue spécialement pour l’événement et à l’échelle du bâtiment.

Dans les galeries d’exposition, l’espace est distribué par deux galeries de circulation qui desservent des salles de diverses dimensions et qui aboutissent en leur centre à une grande salle circulaire, dont la configuration est confiée à John Armleder.

Les salles thématiques articulent les notions d’architecture, là où en opposition à l’émiettement de la sphère publique et à sa privatisation, les artistes Ludger Gerdes et Thomas Schütte affirment la nécessité de réinvestir l’espace public, son urbanisme et son architecture. En contrepoids, les espaces suivants exposent la sphère domestique privée, avec les décors de Thomas Ruff ou les petites scénettes photographiées de Laurie Simmons, qui mettent en évidence critique la position d’asservissement de la mère au foyer ; ou encore Haim Steinbach et Thomas Huber qui utilisent l’étagère, qu'elle soit murale ou sur pieds, comme paradigme du display.

Le deuxième groupe de salles réduit encore plus la focale du propos à la communauté du monde de l’art par la présentation de galeries de portraits d'artistes ou de voisins anonymes réalisés par Richard Prince, Axel Hütte, Tom Warren ou John Ahearn.

Les expériences collectives de la scène alternative nord-américaine, et tout particulièrement new-yorkaise, sont évoquées par la reconstitution de l’une des salles de l’exposition du Time Square Show, en pendant d'un salon vidéo qui en diffuse la production filmique et vidéographique, supports privilégiés des luttes de différents groupes activistes.

Le parti pris retenu devrait permettre de découvrir ou de redécouvrir certains artistes, ou, pour ceux qui seraient encore très visibles, des pièces rares, inédites ou peu connues.