Sturtevant, Musée d'art moderne Paris

MUSEE D'ART MODERNE, Paris

L’ARC consacre une exposition d’envergure à l’artiste américaine Sturtevant qui vit et travaille à Paris.

Pionnière dans les débats relatifs à la reprise, elle pose la question de l’originalité, de l’aura et du pouvoir de l’art.

L'exposition "The Razzle Dazzle of Thinking" présente une sélection de pièces majeures dont l’inédite House of Horrors (2010), un train fantôme grandeur nature spécialement conçu pour cette première monographie à Paris, ainsi que Elastic Tango (2010), une pièce de théâtre vidéo en trois actes sur neuf moniteurs.

Sturtevant se saisit d'œuvres connues qui ont acquis un statut historique ou qui ont été fortement médiatisées. Au second registre appartenaient par exemple les drapeaux de Jasper Johns, qui étaient les premières œuvres qu'elle a choisi de reproduire. Elles figuraient aux côtés de «Warhol Flowers», d'«Oldenburg Shirt», de «Stella Concentric Painting» et de «Segal Sculpture» dans sa première exposition personnelle à New York, en 1965 (Bianchini Gallery). Par la suite, de nombreuses pièces de Roy Lichtenstein, J. Beuys, Michael Heizer et Keith Haring devaient subir le même traitement. Sturtevant opère alors dans un rapport de quasi simultanéité avec son modèle.

Une proximité qui n'a pas manqué de provoquer des réactions d'hostilité dans la mesure où la part d'invention et d'originalité formelles de ces œuvres n'avait souvent pas été encore définitivement assimilée et où son intervention dans ce processus d'assimilation passait pour un pur et simple plagiat. Dans le cas d'œuvres historiques, comme pour Marcel Duchamp, la distance impose aujourd'hui une conscience plus critique des enjeux de la reproduction. Mais dans un cas comme dans l'autre, le choix de l'œuvre est un facteur crucial dans le travail de Sturtevant : procédant par séries, elle n'a pas seulement besoin que l'œuvre dupliquée soit relativement vite identifiable par le public, mais aussi que celle-ci, par sa structure et son statut, ajoute une nouvelle dimension à sa propre activité.

Précédant de quinze ans le mouvement des "appropriationnistes" des années 1980, Sturtevant a d’emblée répliqué le travail d'autres artistes tels qu’Andy Warhol, Jasper Johns, Marcel Duchamp, Joseph Beuys, Frank Stella ou Felix Gonzalez-Torres, avant que leur travail ne soit reconnu sur la scène internationale. Cela témoigne d’une intuition visionnaire, de sa capacité à identifier de futures icônes.