Mamac Nice Robert Longo

MAMAC, Nice

Sur la scène artistique américaine contemporaine Robert Longo se démarque par la puissance de son expression, en partie grâce à la technique composite qu’il utilise, dans laquelle entre abondamment l’usage du crayon au graphite, en partie par les sujets qu’il aborde. De tout temps, l’artiste, par le biais de la commande ou spontanément, souvent comme malgré lui, a traduit les problèmes profonds existentiels de la société dans laquelle il évoluait ; il en est de même avec Robert Longo, dont l’œuvre immense, forte, dramatique, nous oblige à une réflexion sur notre monde contemporain.

Dès sa prime jeunesse Robert Longo est fasciné par l'univers médiatique, le cinéma, la télévision, les magazines et les bandes dessinées. Il pratique avec une égale réussite la sculpture, la photographie, la performance ou l’art vidéo. Il est aussi musicien, une guitare basse, au sein du groupe de sa compagne Barbara Sukowa, X PATSYS. C’est d’ailleurs la thématique retenue pour une de ses œuvres les plus récentes proposées dans l’exposition.

Pour l’exposition de Nice, son choix et celui du commissariat se sont portés sur les séries les plus fameuses de son œuvre, celles qui ont fait sa notoriété internationale, celles qui ont le plus fortement marqué la critique et le public. On y retrouve les Combines, les œuvres sur papier au crayon graphite et au fusain, des sculptures. Les Men in the Cities des années 80 restituent la solitude de l’habitant des villes dans ces silhouettes dégingandées contorsionnées en des attitudes bizarres, sous l’impact de balles imaginaires, qu’on ne peut s’empêcher de rapprocher d’un célèbre Jugement dernier. Mais est-ce au tribunal suprême qu’elles sont convoquées ou à une danse macabre?

L’uniformisation de leur vêture les rend inidentifiables, l’absence ou l’imprécision des visages les dissimulant mieux que ne le ferait un masque. Les Combines allient différentes images de l’actualité la plus tragique selon le principe de l’assemblage d’images tel que Robert Rauschenberg en a donné maintes propositions jusque dans ses dernières réalisations. Les Vagues (Monsters) sont des incidents uniques de paysage, spectaculaires et grandiloquents, concentrant en une seule image la quintessence de la notion de nature, une nature par définition incontrôlable et dangereuse. Elles sont des extrapolations de paysages, des focalisations sur des détails, plus significatives encore par leur échelle exceptionnelle au regard de la technique graphique utilisée ; elles s’en approchent et dans un lieu aussi feutré que le sont un musée ou une galerie, l’effet en est saisissant, incommensurable.

Les champignons nucléaires, sublimes, atroces, sont à mettre en parallèle avec la rose au faîte de sa maturité : leur explosion et l’éclosion de la fleur sont une seule et même formulation sémantique, celle du phénomène essentiel du déroulement de la naissance à la splendeur maximale, puis à la mort ; celle de la beauté mortifère, celle du schéma de la vie quelle qu’elle soit, et qui recèle en germe la prescience de la fin.