Mamcs Strasbourg

Instants anonymes

Médium artistique majeur de la modernité, la photographie constitue aussi dès le début du XXe siècle une pratique de masse. L’essentiel de la production photographique n’avait ainsi jamais franchi les portes des musées jusqu’au début du XXIe siècle, date à laquelle plusieurs expositions, dans le sillage du Metropolitan Museum of Art de New York furent consacrées à ces «icônes domestiques». Du 4 avril au 14 septembre prochains, l’exposition du MAMCS présentera ainsi près de 800 de ces instants anonymes, issus de la «passion privée» de quelques collectionneurs. Des images qui toucheront le public tant par leur capacité à fonder notre mémoire collective que par l’émotion artistique qu’elles provoquent ne serait ce que par accident.

La photographie a connu, depuis sa naissance officielle en 1839, une évolution et un développement constants dans ses pratiques et sa manière d’offrir au monde un regard nouveau.

Réservé à ses débuts à une élite professionnelle et aux loisirs d’amateurs nantis, ce médium, dont la principale modernité après 1850 est la reproductibilité de masse, se démocratise à la fin du XIXe siècle pour devenir une pratique populaire au XXe siècle. Deux mondes se côtoient : une histoire de l’art de la photographie et une pratique de masse facilitée par la standardisation du matériel et des prix plus abordables.

À partir de 1936, les avancées sociales du Front populaire telles que les congés payés, ouvrent à la photographie les portes du cercle familial. Ces « instants anonymes » sont aujourd’hui de véritables témoignages d’une époque permettant au spectateur de redécouvrir en image une histoire à la fois proche tout en appartenant à un passé archétypal.

L’exposition du Musée d’Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg a pour ambition de mettre en lumière des images cantonnées jusqu’alors dans le champ de l’intime familial. Livrées au regard de tous, elles s’inscrivent dans une mémoire commune et trouvent écho dans les souvenirs personnels de chacun. Ces photographies ne comportent aucune indication de lieu, de date ou d’auteur. Elles permettent ainsi au spectateur de recréer une histoire à partir de chacune d’elles, en faisant appel à sa propre mémoire, à l’histoire familiale ou collective.

Ce parcours, construit autour de rapprochements formels et thématiques entre les images, sera également tourné vers la création contemporaine. Une vidéo de documentation céline duval déclinera ses photographies au travers d’une ligne d’horizon mouvante, rythmée au gré des montées et des descentes progressives d’une marée d’horizons.

Patrick Bailly-Maître-Grand proposera une mise en espace inédite des photographies de sa propre collection. Ces images encadrées, associées et montrées de manière nouvelle sur un même mur, participeront d’une installation globale.