Maison européenne photographie

MEP, Paris

Maison Européenne de la Photographie

Le pouvoir symbolique et allégorique de la photographie, aussi bien que son caractère documentaire, nous confrontent à la dimension extrême de la vie qui oscille entre le sublime et l'horreur. Pratique accessible à tous, la photographie nous aide à comprendre que les plus dures épreuves de douleur et de violence peuvent paradoxalement nous conduire vers une expérience existentielle ouvrant, telle une épiphanie, à la perception du sublime. "Autour de l'Extrême" renvoie à une des constantes de la création contemporaine qui tend à repousser inexorablement les limites, qu'elles soient sociales, politiques, esthétiques ou scientifiques.

A travers l'oeuvre de photographes internationalement reconnus comme Pierre Molinier, Robert Mapplethorpe, Andres Serrano ou Joel-Peter Witkin, mais aussi à travers le regard de jeunes talents comme le Brésilien Rodrigo Braga, ou Raphaël Dallaporta, l'exposition explore tous les territoires du visible, de la conquête de la lune aux conflits les plus récents, en passant par la recherche médicale ou les expérimentations autour du corps et de ses représentations.

Certains travaux sont présentés en série, comme celui réalisé par Valérie Belin sur les sosies de Michael Jackson, ou le reportage de 25/34 Photographes sur les punks et les skins des grandes villes européennes. D'autres ont été spécialement produits à cette occasion par Alain Volut, Claudia Jaguaribe, Pierre Notte... Tous cependant se répondent ou se confrontent.

Mais rendre visible la transgression, le dépassement, ou l'interdit, c'est paradoxalement les neutraliser et, au bout du compte, les rendre acceptables. Face à l'extra-ordinaire, la photographie a le pouvoir de banaliser le réel. Ainsi, ce qui est donné à voir dans ces images n'est le plus souvent que l'approche de l'extrême, cet "autour" qui le met à distance. Quand, en 1964, Jean-François Bauret réalise le premier nu masculin pour la publicité, l'image fait sensation. Aujourd'hui reléguée au rang d'icône, elle a perdu - de même que le portrait d'Yves Saint-Laurent réalisé par Jeanloup Sieff - son parfum de scandale.

Notre époque qui aime les excès en tout genre, la démesure, le moralement inadmissible, l'horreur, semble avoir épuisé toutes les ressources de l'émotion et du désir de voir. Rares sont les images, en effet, qui peuvent encore choquer. Dès lors, à travers la collection de la Maison Européenne de la Photographie qui illustre l'histoire de l'image fixe de la deuxième moitié du XXe siècle, défile non un spectacle du pire, mais une anthologie de l'extrême, une esthétique que seul le balancier de l'histoire pourrait, à un moment ou un autre, refigurer.

Commissaires : Milton Guran et Jean-Luc Monterosso