Maison européenne photographie Tosani

MEP, Paris

Maison Européenne de la Photographie

Patrick Tosani s'est imposé dès le début des années 1980 avec une œuvre combinant l'héritage des avant-gardes des années 1970 et l'affirmation du médium photographique comme mode d'expérimentation. La place occupée par ses travaux n'a cessé de croître depuis. Regroupant plus de 200 œuvres, l'exposition retrace son parcours, de ses premiers travaux jusqu'aux photographies les plus récentes et parfois inédites.

Dès les années soixante, les Allemands Bernd et Hilla Becher, en rupture avec la Subjektive Fotografie d'Otto Steinert et le mythe du reportage indexé sur le célèbre "instant décisif", ont inventé une esthétique qui doit beaucoup à l'art conceptuel et au minimalisme, élaborant une pratique du constat, de l'archivage, de la sérialité et de la pure frontalité de l'image. Travail austère et ambitieux, qui renvoie à la "matité" du réel, à son entêtement à être là et à ne point signifier : châteaux d'eau, hauts-fourneaux, maisons à colombages froidement répertoriés, paysages d'où tout lyrisme de la nature, toute poétique urbaine sont exclus, visages devenus faces.

Mais du même coup, la polémique était aussi engagée contre le post-modernisme : réappropriation des styles, pratique de la citation, maniérismes, assomption du kitsch. C'est dans ce lignage, théorique autant que plastique, que s'est inscrit en France le courant dit de l' "Autre Objectivité" - en référence à la Neue Sachlichkeit allemande des années 20 -, défendue par le critique d'art Jean-François Chevrier dans les années 80, et dont relèvent des artistes tels que Hannah Collins, Jean-Louis Garnell, Suzanne Lafont, Jeff Wall et, donc, Patrick Tosani.

Mais si Tosani a incontestablement continué de pratiquer une photographie conceptuelle et minimaliste, il a aussi et surtout tracé une voie singulière et expérimentale, tout en préservant la "forme-tableau", emblématique de l'École de Düsseldorf. Tosani insiste d'ailleurs lui-même sur son côté expérimentateur, énonçant de sa photographie qu'elle est "enregistrement puis témoignage d'une expérimentation".

L'originalité de Tosani réside sans doute dans le fait que son œuvre témoigne d'un phénomène tangible, d'une présence réelle, mais où la réalité est finalement "remise en cause, interrogée, déjouée et questionnée de manière poétique et presqu'existentielle dans notre rapport au monde". Par où Tosani s'éloignerait d'un strict paradigme objectiviste. En témoignent notamment ses jeux avec l'échelle et son questionnement récurrent autour du corps.