Musée Maillol

MUSEE MAILLOL, Paris

George Condo - "La civilisation perdue"

17 avril > 17 août 2009

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Cette manifestation s’inscrit dans un cycle d’expositions consacré à la jeune peinture américaine. Jean-Michel Basquiat, Keith Haring et George Condo ont émergé au même moment sur la scène new-yorkaise, au début des années 80. Ils vont, chacun à leur manière, délimiter un nouveau courant au sein de l’art contemporain. La peinture de Basquiat, reconnue désormais comme une expression majeure du primitivisme contemporain, s’est imposée dans le monde entier. La liberté du geste propre à Keith Haring et la prolifération de son trait en ligne décorative vont rencontrer un succès tout aussi unanime. Chacun a déjà fait l’objet d'une exposition au musée Maillol, Jean-Michel Basquiat en 1997 et 2003 et Keith Haring en 1999.

La peinture de George Condo, apparaît comme une relecture de toute l’histoire de l’art. Elle est fondée sur un réemploi de styles existants. Le critique Wilfried Dickhof a parlé d’abstraction figurative pour définir une telle démarche. George Condo se réapproprie les potentialités contenues dans les œuvres du passé pour peindre un art du présent. Il existe des précédents dans l’histoire de l’art, on pense à Equipo Chronica analysant le Déjeuner sur l’herbe de Manet ou Picabia pastichant tous les styles connus. Condo utilise les courants picturaux qui jalonnent l’histoire de la peinture comme un interprète qui tire des partitions des motifs encore inaudibles.

En revisitant ainsi les grands mouvements comme le Cubisme ou l'Expressionnisme abstrait, il en extrait des virtualités encore non exploitées. Félix Guattari a écrit en 1990 un texte traversé d’intuitions profondes sur une telle démarche : «Ce ne sont pas seulement des personnages précaires, caricaturaux qui viennent en quelque sorte “exproprier” la structure qui tendait à s’imposer d’elle- même. Ce sont aussi les pillages des styles qui ont jalonné l’histoire de la peinture. Là aussi on retrouve le même effet de déstabilisation. Vous croyez reconnaître un Rembrandt ou un Matisse mais la référence demeure floue, oscillante, troublante» nous explique-t-il.

C’est dans ce décalage que Condo passe d’une peinture friande de matière picturale, de secret d’atelier à une entreprise purement conceptuelle où la perception esthétique se dédouble toujours d’une réflexion sur ce qui a été perçu. Condo est un peintre hybride, un peintre d’aujourd’hui qui se nourrit de l’art du passé, un artiste américain lié à l’art de la vieille Europe.