Centre Pompidou Grasso

CENTRE POMPIDOU, Paris

En 1964, deux radio-astronomes américains utilisent l'antenne Horn, dans le New Jersey, afin de mesurer la puissance des ondes radio émises par notre galaxie. Ils capteront un bruit de fond qu'ils ne savent pas expliquer et qui s'avérera finalement être le fossile sonore du Big Bang qui a donné naissance à l'univers, il y a dix milliards d'années.

De cette antenne, Laurent Grasso a fait une sculpture. Tout comme il a disposé, à l'autre bout de l'Espace 315, une réplique d'une antenne de Tesla, grand maître du transport de l'électricité, inventeur de la radio, premier théoricien des armes à énergie dirigée et préfigurateur des recherches sur l'énergie ionosphérique. En 1899, l'antenne qu'il avait installée à Colorado Springs fut peut-être la première à capter des ondes radio venues de l'espace.

Au fond de l'Espace 315, un écran sur lequel est projeté un étrange travelling que semble affoler la présence voisine des deux antennes. Sur les murs, des enceintes acoustiques, au design intrigant, archaïque et moderne, diffusent un bruit de fond qui serait presque aussi énigmatique que celui capté par la Horn Antenna. De quel(s) phénomène(s) est-il l'obscur témoignage? De quel scénario entendons-nous la bande-son?

La science ou le paranormal ne sont nullement des fins pour Laurent Grasso, mais des moyens grâce auxquels son art a su se faire l'acteur d'une importante mutation esthétique: la fin du paradigme moderniste de la transparence. Alors, comme il sait si bien le faire, Laurent Grasso, avec ce film, ces sons, ces appareils, vous maintiendra dans les parages d'un sens auquel vous n'accèderez jamais vraiment. Il manigance un climat, trame un espace où les tentatives pour réinstaurer du sens sont parées, parasitées, paralysées.