Centre Pompidou - Mike Kelley

CENTRE POMPIDOU, Paris

Le Centre Pompidou présente la 1ère rétrospective française consacrée à l’oeuvre de Mike Kelley à travers un parcours d’une centaine d’oeuvres réalisées entre 1974 et 2011. Décédé prématurément en janvier 2012, l’artiste américain (né en 1954 à Detroit) a laissé derrière lui une oeuvre prolifique et dérangeante, puisant tout à la fois dans la culture savante et la culture populaire. À la suite d’une 1ère étape au Stedelijk Museum d’Amsterdam, cette exposition itinérante, conçue en collaboration avec la Mike Kelley Foundation for the Arts, sera, après Paris, présentée au MoMA PS1 de New York et au MoCA de Los Angeles. Chaque ville constitue un rendez-vous spécifique puisque chaque présentation est reconfigurée selon le lieu.

Au Centre Pompidou, le parcours de l’exposition s’articule autour des temps forts de la production de l’artiste. Les grandes installations sont confrontées à des ensembles de travaux plus intimistes, en particulier sur papier, issus de collections européennes et américaines. Des 1ères performances réalisées par l’artiste à CalArts, la célèbre école d’art de Los Angeles, à son oeuvre graphique d’une richesse étonnante, et aux dispositifs spectaculaires dans lesquels il recourt à toutes les techniques (vidéo, photographies, objets hétéroclites…), le travail érudit et teinté d’irrévérence de Mike Kelley se déploie dans un parcours visuel et sonore saisissant.

L’exposition s’ouvre sur les premières performances de la seconde moitié des années 1970 dans lesquelles la dimension sonore est omniprésente. Mike Kelley met en scène des objets aux formes élémentaires (tubes, cônes, etc.), faits de matériaux ordinaires, qui jouent le rôle de passeurs, d’amplificateurs ou de décodeurs du langage. Dans Plato’s Cave, Rothko’s Chapel, Lincoln’s Profile, Kelley forme des associations verbales à partir de noms qui n’ont a priori rien à voir, pour écrire le script d’une performance dont il plante le décor à la manière d’une scène de concert rock. Cet intérêt pour le son et la culture musicale populaire se retrouve également avec l’évocation du groupe punk rock que Mike Kelley fonde avec Tony Oursler en 1977, The Poetics, dont l’histoire, restée confidentielle, est remise en perspective dans une magistrale installation présentée initialement à la Documenta X de Cassel en 1997 puis acquise par le Centre Pompidou.

La réhabilitation des histoires « mineures » est au coeur du travail de Mike Kelley, qui se déjoue sans cesse des récits figés et linéaires pour recomposer d’autres réseaux de références invitant à penser le cours des choses autrement. Une importante section de l’exposition est consacrée à ce qui rendra Mike Kelley célèbre – non sans un parfum de scandale – au début des années 1990 : la série d’oeuvres intitulée Half a Man. Elle comprend de grands dessins de parties du corps – poumons, intestins, cerveaux… – associés à des dessins de sacs poubelles ou de poupées de chiffons, ainsi que des petits tapis tricotés, disposés au sol, mettant en scène animaux en peluches trouvés ou poupées rembourrées faites main. Mike Kelley y fait dialoguer les registres psychologique et artistique, le régressif et la critique du minimalisme. Ce que l’artiste donne à voir n’est en rien un commentaire autobiographique, mais un dispositif à la fois tragique et comique, puisant dans l’univers enfantin tout en s’adressant aux adultes, suscitant l’empathie tout comme le rejet dans une tension qui provoque nécessairement un certain malaise.