Villa Arson Ben Fluxus

VILLA ARSON

Un ring de boxe entouré d'une tribune, de documents et d'objets - mémoire de ses performances et de celles organisées sur la Côte d'Azur ou produits dérivés d'idées que l'artiste inventorie - est le théâtre d'actions que Ben organise tous les mercredis à 18h (en juillet et en septembre). Chaque action sera réalisée en public, filmée puis retransmise en différé sur un écran placé au centre de l'installation. Ce ring est identique à celui que l'artiste avait installé à Cologne lors de l'exposition Happenings and Fluxus organisée en 1970 par Harald Szeemann. La Villa Arson rend ainsi hommage à Ben à l'occasion du 50ème anniversaire de Fluxus et dans le cadre du programme de recherche qu'elle mène depuis 2007 - grâce au soutien constant du Conseil Général des Alpes-Maritimes - sur l'histoire de la performance sur la Côte d'Azur de 1951 à nos jours.

Pour ceux qui considèrent que Ben n'est qu'un bouffon vendeur de chaussettes et de carnets scolaires pour grandes surfaces, obsédé par sa sexualité vieillissante et son ego outrancier, fourvoyé dans des discours régionalistes ambigus, il est nécessaire de rappeler à quel point il est un incroyable inventeur de gestes, d'actions ou de performances aussi singuliers qu'universels, magnifiques et dérisoires, travaillant mieux que personne l'étude des comportements, à commencer par le sien toujours entre deux eaux.

En 1956, il ouvre à Nice avec Robert Malaval une boîte de nuit, Le Grac, dans laquelle ils exposent leurs premières toiles. L'affaire ne tient que quelques mois et le lieu ferme pour cause de gestion incertaine. Toujours en 1956, Éliane Radigue lui présente dans des conditions rocambolesques Arman, créant sans le savoir (et bien avant l'heure) le premier lien entre deux mouvements phare des années 1960, Fluxus et le Nouveau Réalisme, qui se détesteront et se respecteront tout à la fois. Mais surtout, c'est l'ouverture de sa boutique en octobre 1958 qui va définitivement dynamiser « l'esprit de l'action » sur la Côte d'Azur. Jusqu'à sa fermeture en 1972, le magasin change régulièrement de nom : Laboratoire 32 puis Galerie Ben Doute de Tout. Il devient l'épicentre d'un art d'attitude et de comportement qui va se propager comme une traînée de poudre durant toutes les décennies à venir.

Il est impossible de décrire la plupart de ses actions, tant elles sont nombreuses et diversifiées. Mais si l'on doit n'en retenir qu'une, c'est celle où il s'assoit sur une chaise en portant un écriteau autour de son cou avec cette seule mention : « Regardez-moi cela suffit ». Il est stoïque. Le public semble sans voix devant cette posture équivoque. Par ce seul Geste il arrive à concentrer son obsession pour l'ego, son sens de l'absurde, son rapport au monde et surtout sa faculté à créer des « scènes » dans n'importe quelle situation. Il est aussi l'un des premiers artistes de son temps à savoir jouer avec l'image comme en témoignent les multiples photographies ou films qu'il commence à produire dès le début des années 1960.

Ben est aussi un remarquable propagateur d'idées. Il rencontre George Maciunas (alors exilé en Europe) à Londres en 1962 lors du Festival of Misfits organisé par Robert Filliou et Daniel Spoerri. Il passe la semaine du festival enfermé dans la vitrine de la Gallery One. Avec Maciunas, il découvre l'esprit Fluxus et son organisation à géométrie variable. Il est sur le champ fasciné par les events de George Brecht. Il invite Macunias à réaliser un festival Fluxus à Nice en juillet 1963. Il crée la même année (avec un groupe de complices dont Robert Erébo, Dany Gobert, Pontany, Robert Bozzi et Annie Vautier) le Théâtre Total qui va produire, pendant plusieurs années dans la salle de L'Artistique à Nice, des actions destinées à destituer tous les codes de représentation du théâtre. Depuis son activité n'a jamais cessée, ouvrant il y a peu encore L'espace à débattre, galerie, lieu d'échange et de dialogue.