Villa d'Arson

VILLA ARSON

Malentendu, altération, incompréhension, aporie, confusion ou contresens, sont autant de dysfonctionnements ou d’anomalies – discrets ou manifestes – qui modifient en permanence le cours et la teneur de nos échanges. Pourtant, depuis le mythe babelien d’une langue unique et universelle, jusqu’aux théories des correspondances, et plus récemment l’idéologie positiviste d’une traduction sans perte aidée par l’informatique, la quête d’une communication transparente traverse chaque époque.

Quatre ans après l’exposition Transmission1, le Centre national d’art contemporain de la Villa Arson revient sur le rapport entre art et communication avec une exposition intitulée DOUBLE BIND / ARRÊTEZ D’ESSAYER DE ME COMPRENDRE !. Il s’agit cette fois d’interroger la complexité des langages qui fait de la communication une entreprise singulière toujours renouvelée par les interprétations et les traductions.

L’expression « double bind » se réfère ici à la « double contrainte » que toute traduction, selon le philosophe Jacques Derrida, impose comme impératif : la nécessité et l’impossibilité sont contenues dans tout énoncé linguistique, de la transposition d’une langue à une autre. Si un énoncé fait nécessairement appel à la reconnaissance, la compréhension, et l’interprétation (sa traductibilité), il demande également que l’on respecte ce qui en lui échappe à la traduction, la part intraduisible qu’il recèle et qui constitue son caractère propre ou unique, son idiome. L’injonction « Arrêtez d’essayer de me comprendre ! » se réfère au psychanalyste Jacques Lacan et à la réponse qu’il aurait faite à l’un de ses auditeurs trop soucieux de vouloir saisir le sens de chacun de ses propos. Il s’agit, en l’occurrence, d’un exemple classique du double bind tel que l’a théorisé l’anthropologue Gregory Bateson dans les années 1950 : le destinataire d’une telle injonction ne pouvant y répondre sans y déroger, est placé dans une situation de dilemme et d’incertitude.

Les oeuvres présentées dans l’exposition révèlent diverses stratégies de transposition qui prennent en compte les effets d’altération et de distorsion qui surviennent dans la construction et le partage du sens : que ce soit dans le discours, dans le passage d’une langue à une autre, d’un médium ou d’un outil technologique à un autre, ou bien encore, à travers diverses formes de codifications. L’exposition témoigne ainsi d’une conception de l’art opposée à l’idéale d’immédiateté et de transparence de la pensée, chaque oeuvre affirmant à sa manière la discordance entre signe et référent, signification et sens, comme un élément inhérent au langage. La traduction est donc ici à comprendre au sens large, comme ce qui désigne non pas un simple outil de transmission inter-linguistique, mais un processus formel, voire un moyen créatif, dans la conception et l’interprétation de l’œuvre.