Simien Célicole survole l'art contemporain
Simien Célicole côtoie quotidiennement des artistes heureux ou acablés, sereins ou tourmentés. Il aime regarder, écouter, sentir, parfois toucher les oeuvres dans les expos et les lieux où les artistes interviennent. Avec passion toujours, naïveté parfois, amour quand ce sera possible, il vous invite à partager ses enthousiasmes et ses perplexités.
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"BRUNO CHABERT"
Nuits et couleurs - Musées de Sens, Orangerie des archevêques
Jusqu'au 27 septembre 2009
Blottis aux pieds d’une des plus belles cathédrales gothiques d’Europe, les musées de Sens présentent cet été deux expositions de grande qualité. Loin des clichés éculés de trop de manifestations culturelles prétentieuses et insipides, le parti prix retenu par les commissaires est celui de la clarté et de l’exigence.
Les espaces lumineux de l’Orangerie des archevêques accueillent les peintures sur papier d’un homme, Bruno Chabert (1939-2005), qui aimait les corps à corps. Avec les mots : il a laissé de nombreux écrits - poèmes, pièces de théâtre, essais - mais aussi avec l’univers théâtral. Régisseur de la pièce de Beckett «La dernière bande» que joue son frère Pierre Chabert, il réalise également de nombreuses photographies de scène au Théâtre de l’Odéon dans les années soixante. Les comédiens se nomment alors Jean-Louis Barrault, Alain Cuny, Jean Desailly, Laurent Terzieff...
L’autre corps à corps que Bruno Chabert a poursuivi avec constance et acharnement le confrontait au papier choisi avec attention, à la couleur, au noir, au blanc, à des outils qui n’étaient pas nécessairement des pinceaux.
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Archives "Ici et l'art" :
Il travaillait par série, il y en aura sept : Les Rotring, Les Steelbrush, Les Ecritures, Les Déchirures Les Assemblages, Les Goudrons, Les Encaustiques.
Chabert invente pour chacune de ses séries des règles de travail bien précises, des combinatoires, une syntaxe, puis il explore avec une grande liberté les multiples possibilités qui s’offrent à lui.
Les Déchirures, tout comme les autres séries, sont d’une extraordinaire variété. Et pourtant, le procédé mis en place par Chabert est simple. L’artiste recouvre totalement sa feuille, un beau papier Arches bien épais, de couleur sombre ou noire. Puis il arrache en certains endroits de fins lambeaux de papier, faisant ainsi réapparaître des surfaces blanches de formes et de tailles variées. La pratique de la peinture comme un jeu périlleux, téméraire, irisé d’attente, de désir, de passion et de rêve. Ouvrir grand les yeux face aux peintures de Bruno Chabert peut être un exercice spirituel intensément jubilatoire.
«Il est venu naturellement avec la profondeur et l’indifférence que nous reconnaissons à la beauté qui n’a point connu l’injure des regards qui exaltent l’étincelle pour la capturer pour l’étreindre avant même qu’elle ait donné le feu» Bruno Chabert, extrait de «Des profonds dits» 1981
Art aborigène
Le Palais Synodal de Sens accueille l’autre exposition de l’été. De grandes toiles évoquent l’espace temps sans limites des rêves et des mythes aborigènes du désert australien. Etonnant ! Sans rien connaître de la culture aborigène, il est possible d’être captivé par ces peintures insolites. Minnie Pwerle trace d’étranges signes tantôt juxtaposés, tantôt superposés, créant un territoire fabuleux de liberté et de fantaisie. La douceur exaltante des tonalités claires des petites touches régulières et de même taille des peintures de Polly Ngale évoquent-elles des constellations lointaines ou des territoires microscopiques ? Une vaste salle est consacrée aux oeuvres des femmes qui ont commencé à peindre à la fin des années 70, pouvant ainsi se joindre aux hommes initiés pour participer, selon les croyances aborigènes, à l’harmonie de l’univers.
Art aborigène - Les divas du désert - Musées de Sens, Palais Synodal jusqu’au 27 septembre 2009
Maurice Denis
Si vous désirez échapper au temps, tourner les regards vers d’autres espaces et d’autres imaginaires, vous pouvez aussi vous rendre en Bretagne sur les traces de Maurice Denis. D’une rive à l’autre, le musée de Pont-Aven au sud et le Domaine départemental de La Roche-Jagu au nord s’associent pour célébrer l’artiste qui su donner la définition la plus célèbre de la peinture moderne : «Se rappeler qu’une peinture, avant d’être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées.» Ces deux expositions permettent de découvrir des oeuvres réjouissantes, bien éloignées de ces compositions ordonnées, parfois rigides, qui viennent d’abord à l’esprit quand on pense à Maurice Denis. J’évoquerais «A la fenêtre du train», «Christ vert», «Marée haute à Trestrignel le soir» et «Le Roi Arthur et saint Efflam (ou saint Guirec)», surprenantes petites toiles aux couleurs vives et ardentes. Décidément, le doux et chrétien Maurice Denis réserve de bien belles surprises.
> Musée des Beaux-Arts de Pont-Aven, jusqu’au 5 octobre 2009
Auteur : Simien Célicole