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Simien Célicole survole l'art contemporain

Simien Célicole côtoie quotidiennement des artistes heureux ou acablés, sereins ou tourmentés. Il aime regarder, écouter, sentir, parfois toucher les oeuvres dans les expos et les lieux où les artistes interviennent. Avec passion toujours, naïveté parfois, amour quand ce sera possible, il vous invite à partager ses enthousiasmes et ses perplexités.

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Trois Expositions

«Académia : Qui es-tu?», «Figures du corps» et «Photographies» de Gilles Perrin.

«Académia : Qui es-tu?»

L’Ecole Nationale Supérieure des beaux-arts de Paris accueille actuellement deux expositions atypiques. «Académia qui es-tu?» donne l’occasion de pénétrer dans le déroutant capharnaüm de la chapelle de l’Ecole. Une stimulante et étonnante confrontation entre des oeuvres du passé et des réalisations des XXe et XXIe siècles permet une abondance de questionnements curieux. Loin des trop fréquentes coupures de cheveux en quatre et autres enjambages de mouches proposés par des commissaires en mal de sensationnel, l’oeil peut en toute liberté oser des rapprochements et des liens hasardeux en parcourant cette riche et improbable juxtaposition d’éléments disparates.

Tout peut être important. Dispersées parmi les moulages, bas reliefs et copies de l’antiquité et de la renaissance, les oeuvres modernes et contemporaines témoignent de façon éloquente de l’invariance humaine. Une constante inquiétude habite l’homme : le temps s’écoule inexorablement à la même vitesse, et toujours le même dénouement : notre disparition physique. Une seule chose importe : «faire sens» face à l’inquiétude d’exister, inventer des fictions, parfois y croire. De la vanité de la «Copie monumentale de la statue équestre de Bartolomeo Colleoni» au «Lingam» Khmer X-XIIe siècle en passant par la «Figure (Oedipus)» de Thomas Houseago (2008), ces traces suintent d’une attendrissante inquiétude face à notre destin immuable. En écho à la très ancienne question : Pourquoi sommes-nous?

«Figures du corps» :

L’autre exposition présentée aux Beaux Arts : «Figures du corps» n’est pas précisément une exposition d’art contemporain, si l’on considère la datation des oeuvres et des objets qui participent à ce vaste panorama des représentations du corps depuis la renaissance jusqu’au XXIe siècle.

Elle est par contre totalement contemporaine par la qualité du regard qu’elle porte sur le corps, qui a toujours joué un rôle considérable dans l’histoire des arts plastiques. Il ne m’est pas possible de regarder un dessin d’homme nu de Michel-Ange ou l’écorché de Houdon comme de simples études de contours et de formes. Ces présences charnelles m’apparaissent comme des champs de forces très intenses, à l’instar de certaines toiles de Francis Bacon. L’oeuvre d’art est une métaphore de la vie, une présence où se joue plaisir et naissance, il ne saurait donc y avoir d’oeuvres sans corps.

Corps observés, découpés, morcelés, écorchés, transformés, retournés dans tous les sens, l’exposition propose un judicieux voyage au pays des relations de l’homme avec son image corporelle et sa propre chair.

«Photographies», Gilles Perrin :

Bargou Oulakibo, Doba, Sagayam ou Pasang Tsering, sont éthiopiens, gitans de Pondichery ou tibétains. Gilles Perrin, un grand gaillard gros voyageur -comme on dit un gros mangeur- leur a demandé de poser devant son imposant appareil photo monté sur pied.

Gilles Perrin prend le temps de parler avec les gens qu’il photographie. De la pluie et du beau temps, de la sécheresse ou des orages ravageurs, de toutes choses vraiment importantes. Le résultat est saisissant. Ses portraits sont des regards, des regards vrais.

Les enfants sont beaux, les femmes sont belles, les vieillards sont beaux. Et pas seulement à cause de leurs vêtements ou de leur nudité, de leurs tatouages ou de leurs peintures corporelles épastrouillantes. Ils ne se réduisent jamais à une «sympathique» et distanciée image exotique.

J’aime être devant ces photos, face à ces regards étrangers pas plus étrangers (parfois moins) que mes voisins de palier. Intensément présent, parfois avec malice, Gilles Perrin les perçoit et les respecte dans leur altérité la plus subtile.

Les photographies récentes de Gilles Perrin sont visibles jusqu’au 28 novembre au 5 rue Legouvé (Bâtiment des douches) dans le 10e arrondissement de Paris. (métros Jacques Bonsergent ou République). Ouvert vendredi et samedi de 14h à 18h. Du lundi au jeudi de 13h à 18h : cliquer interphone Studio YFIC.

Auteur : Simien Célicole