Simien Célicole survole l'art contemporain
Simien Célicole côtoie quotidiennement des artistes heureux ou acablés, sereins ou tourmentés. Il aime regarder, écouter, sentir, parfois toucher les oeuvres dans les expos et les lieux où les artistes interviennent. Avec passion toujours, naïveté parfois, amour quand ce sera possible, il vous invite à partager ses enthousiasmes et ses perplexités.
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César : Sculpteur, Compresseur, Agrandisseur, Expanseur et Tortureur d’automobiles
Revoir les compressions, expansions et autres fragments de corps : pouces, seins ou mains énormes (un pouce de six mètres de haut - GENIAL - ! ) de César ne m’enthousiasmait pas vraiment, j’avais trop le sentiment du déjà et souvent vu. Mais Jean Nouvel, immense vedette de l’architecture française, commissaire de l’exposition d’un artiste ami, j’ai imaginé que cela permettrait peut-être de porter un regard renouvelé sur l’oeuvre du sculpteur people.
Et puis j’aime l’architecture de la fondation Cartier, ses volumes, la circulation de la lumière entre les jardins et les espaces intérieurs.
A l’entrée de l’expo, amusant, quelques bestiaux en métal accueillent le visiteur, mal visibles dans une caisse de bois. Jean Nouvel n’aime clairement pas beaucoup ces sculptures, moi non plus, tout va bien. Elles prendront tout de même de la valeur lors des prochaines ventes, puisqu’elles sont exposées chez Cartier...
Au sous-sol, des compressions, plein de compressions de voitures, alignées comme des menhirs ou fixées comme des bas-reliefs aux murs. Et c’est bien, il y en a beaucoup (un menhir tout seul, ça n’a pas tellement de sens). Donc la quantité fait sens. Comme une forêt, un bosquet plutôt, formé de ces choses que nous voyons partout tout le temps sans y faire très attention : les bagnoles. Aplaties, écrasées, torturées, mais toujours étonnamment identifiables comme automobiles.
Entendu dans le public : «T’es sûr qu’il n’y avait personne dedans» ou «je ne suis pas bluffé». César savait bien qu’en martyrisant des voitures, il troublerait profondément la psyché de l’homme moderne.
Le public, ce jour là en tout cas, était visiblement moins troublé par les fragments de corps plus ou moins énormes visibles au rez-de-chaussée. «C’est de la déco, ceci dit c’est plutôt joli». Cela m’a surtout paru vieilli, vieillot, juste amusant parfois, j’ai pensé aux Voyages de Gulliver. Il est possible qu’aujourd’hui, alors que le virtuel s’impose quotidiennement dans notre perception du monde, la matérialisation de changements d’échelle peu paraître plus dérisoire que dans les années soixante.
Le troisième volet de l’expo : les Expansions, m’a laissé dubitatif. C’est rigolo de voir ces formes solidifiées alors que la matière s’écoule mollement. De là à parler comme Jean Nouvel «de la perfection de son galbe» ou de «parfaite brillance» (les matières ont parfois très mal vieilli), c’est carrément exagéré, mais César était son copain, donc c’est sympathique.
C’est un peu le problème de l’exposition. Défendre un ami, c’est toujours bien et digne. Mais quand on s’appelle Jean Nouvel, on est une caution considérable. Peut-être l’oeuvre de César n’est-elle pas à la hauteur des attentes d’un public exigeant qui aimerait qu’elle nous en dise «autant sur l’essence et les sensations de ce siècle que les plus respectables thèses, photographies ou écrits de nos bibliothèques» (toujours J. Nouvel).
Là où j’ai été vraiment saisi, c’est face aux gigantesques compressions de centaines de tonnes de journaux disposées dans le jardin. Bel hommage de l’architecte au sculpteur, ces masses compacts de papier ont une bouleversante présence, tout simplement. Il faisait beau ce jour là.