Jean Isnard

Simien Célicole survole l'art contemporain

Simien Célicole côtoie quotidiennement des artistes heureux ou acablés, sereins ou tourmentés. Il aime regarder, écouter, sentir, parfois toucher les oeuvres dans les expos et les lieux où les artistes interviennent. Avec passion toujours, naïveté parfois, amour quand ce sera possible, il vous invite à partager ses enthousiasmes et ses perplexités.

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ARTISTE RARE

Galerie EXPOSURE - Design contemporain

ZONE FRONTIERE - Jean Isnard

Jusqu’au 31 octobre 2008

Parcourant les lieux où se découvrent les oeuvres «nouvelles tendances» liées aux Arts Numériques, il n’est pas si fréquent de se trouver face à des réalisations élégantes, sensuelles, charnellement présentes, élaborées grâce aux technologies numériques et industrielles les plus pointues.

Jean Isnard a cette qualité particulière de créer des formes virtuelles sur son écran, puis de les faire réaliser industriellement, avec à l’arrivée un dénouement inattendu : un objet parfaitement lisse, clairement produit par un procédé mécanique, et cependant sensuel, habité par une présence... organique presque palpable.

Sculpteur, à l’évidence, mais sculpteur du XXIe siècle, expert en systèmes informatiques, Jean Isnard est un artiste rare. Curieusement, il a d’ailleurs attendu l’an 2000 pour se lancer dans ses recherches liées aux nouvelles technologies.

La galerie Exposure présente jusqu’à la fin du mois ses dernières réalisations. Dans un cadre essentiellement dévolu au design, les «Objets Isnard» scandent singulièrement l’espace, captant la lumière ou au contraire irradiant une nitescence délicate grâce à une source lumineuse intégrée. Clarté, lumière, reflets, modelés, irisations sont la substance même de sa sculpture. Toujours attentif à la texture du matériau, il sait en jouer avec science et délicatesse, explorant de multiples possibilités, du mat au brillant, du blanc aux couleurs vives ou acidulées, parfois métallisées, jouant les transparences et les opacités.

Sans doute, enfant, ais-je trop lu «Le petit prince» : je suis convaincu que les formes d’Isnard enveloppent ou cachent en leur sein des êtres bien vivants, animaux fabuleux, corps enlacés sous des draps immaculés, boas ou anguilles s’étirant langoureusement. Mais Jean Isnard n’est pas un plagiaire : je n’ai pas détecté d’éléphant caché. Peut-être juste une trompe ici ou là.

Cette exposition, hors du plaisir de jouir avec un bonheur précieux de la découverte des «Objets Isnard», est une démonstration convaincante que «nouvelles technologies» peut rimer avec sensualité et volupté.

D’autant que les sculptures de Jean Isnard sont en juste et belle résonance avec le mobilier design présenté dans la galerie, tel le paravent en lames de bois ondulées de LN Boul, le siège à bascule de Ron Arad ou le singulier banc de Christophe Pillet. Les luminaires de Eric Jourdan ou de la designer danoise Birgit Oestergaard complètent ce festival de formes ancrées dans une modernité élégante et épurée.

Jean Isnard fait parti des 100 artistes français de la scène numérique contemporaine présentés dans l’ouvrage qui vient de paraître chez M21 Editions: «ARTS NUMERIQUES - Tendances Artistes Lieux et Festivals».

>>> Petit supplément : Un mot sur une expo en région.

Gilles Pérrin expose ses photos jusqu’au 23 octobre 2008 à Roubaix, à l’ESNAAT, 539 Av des Nations Unis. Il y donnera une conférence le 17 octobre à 10h. C’est un photographe de «l’humain». J’en parlerai à l’occasion de deux expos qu’il fera prochainement à Paris.

Auteur : Simien Célicole