Simien Célicole survole l'art contemporain
Simien Célicole côtoie quotidiennement des artistes heureux ou acablés, sereins ou tourmentés. Il aime regarder, écouter, sentir, parfois toucher les oeuvres dans les expos et les lieux où les artistes interviennent. Avec passion toujours, naïveté parfois, amour quand ce sera possible, il vous invite à partager ses enthousiasmes et ses perplexités.
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Absolument peintres
Georges Rouault (1871–1958) exposition à la Pinacothèque de Paris jusqu’au 18 janvier 2009.
Judith Wolfe, née à New-York en 1940, vie en France depuis plus de quarante ans. Exposition à la Galerie de la Jonquière, 88 rue de la Jonquière, Paris 17e jusqu’au 9 octobre 2008.
Rien à voir entre ces deux artistes si ce n’est l’essentiel : une disposition vraie à transformer une surface blanche en lieu d’énergie où se joue la vie, leur vie.
Il semble qu’ils éprouvent comme une évidence et une nécessité ce qui devrait porter tout artiste : chaque oeuvre, aussi modeste soit-elle, doit être nécessaire, et engage absolument et radicalement son auteur.
Georges Rouault
Catalogué par les uns comme peintre religieux catholique, par d’autres comme petit maître expressionniste, par bien des critiques comme artiste original, certes, mais de peu d’importance au regard de son grand contemporain et camarade d’atelier Matisse, il reste bien mal connu aujourd’hui.
Matisse fut un chercheur impénitent, aux curiosités renouvelées jamais apaisées. Georges Rouault est le peintre d’un sujet unique : l’homme.
- > César
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Femme, homme, Christ ou prostituée, juge ou clown¸ peu importe, pour Georges Rouault tout est humanité, présence intranquille le plus souvent, rarement sereine, jamais dérisoire, mais présence humaine toujours. D’abord homme avant d’être peintre il est homme de conviction. Seul lui importe ce souffle de vie présent en chaque être, aussi délabré ou sublime soit-il.
Pour Rouault, cette ferveur fut sans doute une réelle difficulté qu’il ne sut pas toujours surmonter. La tension du peintre est si forte, si intense en son corps et son cerveau (d’autres diraient esprit) qu’il voie ce qu’il croie voir, qui n’est pas nécessairement ce que nous percevons réellement quand nous regardons la peinture pour ce qu’elle est : une surface recouverte de pigments et de liants. Là est toute sa richesse et sa fragilité. Tenter d’insuffler de la vie à la matière en disposant formes et couleurs sur une surface plane, quel étonnant et superbe désir! Et quel drôle de pari!
D’émerveillements en déceptions, j’ai parcouru cette exposition avec un bonheur rare. Un peu comme lors d’une visite d’atelier, l’artiste y apparaît dans sa belle réalité : un homme qui jamais ne renonce à tenter quelque chose, avec conviction. Mais il n’y parvient pas toujours, heureusement.
Un ami peintre dit parfois que l’on ne peut pas être génial tous les jours, c’est évident. Mais c’est bien aussi de tenter de faire quelque chose tous les jours. On ne peut savoir d’avance si ce sera bon ou pas, alors faut essayer.
Je ne dirais pas les peintures de Rouault qui m’ont ébranlées et celles qui m’ont dépitées, qu’importe, c’était ce jour là… Une seule chose compte : Georges Rouault est présent, totalement incarné, dans cette exposition.
Judith Wolfe
Judith Wolfe crie avec une douceur qui sait être rude là où c’est nécessaire, pour que tout tienne. Et sa peinture tient, comme un corps, dans sa splendeur ou dégradé, peu importe, tant qu’il respire.
Une belle confiance inquiète se dégage de ses grands formats. Les encres et la peinture, intimement liés et cependant savoureusement distinctes, inscrivent sur le papier l’émotion d’exister entier dans un monde morcelé. Sa lucidité n’est ni facile ni tranquille. Elle est belle d’une confiance et d’une force de vivre, sans illusion, ce qui n’exclue pas le rêve.
Pleinement en résonance avec le monde tel qu’il est, donc complexe, l’oeuvre de Judith Wolfe nous est nécessaire. Tout simplement pour être, face à la vie, face à soi.
Il est des présences et des rencontres qui donnent du souffle.
Auteur : Simien Célicole